AMOUR, BOUDDHISME ET DÉTACHEMENT… vaste programme !

Amour, passion, bouddhisme et détachement

Une discussion joyeuse ce matin au petit déjeuner :

www.davidgabrielfischer.com

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Moi : « Chaque fois que je vois passer mon chat, je tombe en arrêt. Comme une sorte d’extase. Le sourire me monte aux lèvres – instantanément – et le temps s’arrête… C’est grave docteur ? »

Une pratiquante présente, gentiment moqueuse : «  Kankyoooo… Et le détachement alors ?…;-) »

Un peu plus tard, le jour même, – coïncidence ou synchronicité ? – une jeune femme m’envoie un mail avec la question suivante : « Comment fais-tu toi Kankyo pour aimer sans être attachée ? Ou pour travailler dans cette direction ?… »

Il semblerait que ce soit le thème du jour. D’où ce petit billet. Puisse sa lecture apporter de l’eau à votre moulin, et vous offrir – pourquoi pas – quelques pistes de réflexion.

Et puis – même s’il y a beaucoup à dire sur nos relations avec le peuple animal – j’ai choisi d’évoquer ici l’amour dans le sens de la relation amoureuse, exemples à l’appui.

Passion amoureuse et passion mystique : point de vue bouddhiste

3404_404243116309814_723184337_n« Aimer, à perdre la raison… Aimer à n’en savoir que dire… » Vous connaissez sans doute ces vers d’Aragon décrivant à merveille l’état de passion amoureuse.

Les débuts d’une histoire, quand notre cœur bat à tout rompre, quand on analyse chaque mot dans les textos de l’être aimé ( et qu’on soupèse soigneusement chaque mot de notre réponse). Quant on met des heures à choisir des vêtements. Quand on tombe en pâmoison devant deux pigeons qui roucoulent etc… Une période bénie – en fait – où l’on ressemble étrangement à un tournesol, entièrement dirigé vers les rayons de notre nouveau Soleil. A ce moment-là… hum… comment dire… pas de grande différence entre un drogué et nous ! Le monde extérieur nous intéresse moyennement, les conversations nous ennuient, à moins qu’elles ne concernent l’Élu et nos activités perdent leur sens. Un état de passion, étudié par scientifiques et poètes de tout poil. Un état de créativité extrême, un peu hors du temps. Un état aussi dont il est bon de sortir, après quelques mois, de peur de se perdre complètement.

Dans la période de passion amoureuse, on recherche la fusion. Ceci pourrait d’ailleurs ressembler à une quête mystique. Mais la différence avec cette dernière est sans doute pour l’amoureux passionné une soif tellurique, gigantesque, irrépressible d’être en présence de l’autre. Une soif bien décrite dans le bouddhisme comme la source de toute la souffrance humaine. Cette soif, tournée vers l’extérieur, emporte l’être « en dehors », comme un tourbillon. La passion mystique – ou quête spirituelle – l’aspire vers une intériorité céleste, dont la première étape sera le retour à soi, tel quel sans artifice.

« Pourquoi l’amour ? Pourquoi je t’aime ?  »

Zen_41Vaste question. Les réponses sont multiples et le chemin semble long vers une réponse empreinte de sagesse telle que  : « Je t’aime pour ce que tu es toi » (et non «  Je t’aime parce que tu m’apportes ceci ou cela »).

Avant cet amour-là, on a toute la panoplie des « amours-médecins » ou « amours de réparation ». Des rencontres qui nous permettent d’avancer, dans la douleur parfois.

Vers l’âge de 25 ans j’ai ainsi vécu un amour de type Pygmalion, complètement envoûtée par un homme, à l’affut de ses désirs et douloureusement consciente de perdre peu à peu le sens de ma vie. Dix mois suspendue à ses lèvres, avant de trouver la force du détachement. Dix mois à chercher en lui la confirmation de ma valeur, jusqu’à comprendre devoir la trouver en moi. Dix mois riches d’apprentissage de la vie, fondateurs pour tout ce qui a suivi.

Cet homme-là – et j’en suis désolée aujourd’hui – je ne l’aimais pas. J’attendais qu’il m’aime. Je l’appelais cent fois par jour mais il n’existait pas. Aussi, en avançant dans la voie spirituelle, est-il bon de se poser cette question : quel est cet amour que je vis actuellement ou souhaite vivre ? Pourquoi suis-je avec mon compagnon ? Quelle place a réellement l’autre dans notre relation ? Suis-je capable de le regarder vivre avec intérêt et tendresse ?

Aimer et libérer l’autre 😉

Un des préceptes bouddhistes, reçus lorsque l’on entre sur la Voie du Bouddha, est formulé ainsi : « Ne pas convoiter ». Éviter que l’Autre ne soit là pour satisfaire notre désir ou pour combler un manque.

Alors comment faire pour aimer avec « détachement ». Et bien tout d’abord en s’étudiant suffisamment – à travers la méditation – pour connaître ce manque, l’accepter et le laisser s’évanouir de lui-même. Non pas une fois pour toute ( ce serait trop simple ! ) mais à chaque méditation.

= quelque chose me manque. Il y a un vide à l’intérieur. J’ai une sensation de perte… OK. Je l’accepte et m’ouvre à cette émotion, sans combattre.

De cette manière, nous allons prendre notre responsabilité. Et commencer à libérer l’autre de nos attentes, lui rendre toute sa place dans la relation : celle d’un autre, différent, étonnant sans doute, à découvrir et à aimer pour ce qu’il est.

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Commentaires

  1. DorienYoga  mars 12, 2015

    Aimer sans trop s’attacher à l’autre, c’est tellement difficile. Mais la méditation m’aide à me détacher petit à petit…

    répondre
    • Kankyo  mars 13, 2015

      L’amour… une vraie Voie spirituelle n’est-ce pas ?

      répondre
  2. Christelle  juillet 17, 2015

    Quelle belle approche! A « Zazener » 😉

    répondre
  3. Vincent  juillet 17, 2015

    Ne pas s’attacher, ou savoir se détacher pour aimer l’autre, et le laisser libre. Dans le but de ne pas souffrir…
    C’est une façon de voir.
    Mais quid de la souffrance à combattre ce détachement, du parcours à accomplir, même si la méditation est paisible.
    L’amour fait partie de l’homme, l’homme se comporte en homme, avec ses cheminements, naturels, nécessaires, ancestraux. La passion amoureuse est aliénante, c’est certain, pour partie.
    Mais la nécessité de se chercher au fond de soi même, dans une quête spirituelle sans véritable fin tant la nature humaine est profonde, est aussi une forme d’aliénation, une autre, avec d’autres vertus que la passion, mais avec aussi une forme d’enfermement à toujours souhaiter ne pas être simplement humain, à vouloir séparer le corps de l’esprit, alors que c’est un tout, un tout qui n’est autre que nous..
    Je vis la passion amoureuse depuis longtemps, avec ses contraintes,avec parfois ses supplices, mais aussi ses sublimations, cette envie d’être avec l’autre, de vivre avec l’autre.
    Je veux être homme, et apprendre à vivre avec cette nature humaine, avec l’amour passion, plutôt que vouloir m’arracher, même si c’est en douceur, à ce qui fait de moi un homme.
    Je ne médite pas… j’aime, tout simplement…

    répondre
    • Kankyo  juillet 22, 2015

      Très intéressant Vincent, merci pour ce commentaire 🙂
      A mon tour de préciser : se détacher pour laisser l’autre libre = pas dans le but de « ne pas souffrir »… mais vivre complètement ce qu’il y a à vivre, dans sa chair, dans son esprit, sans être emporté dans le tourbillon ( ou alors un peu au début quand même car c’est bien agréable n’est ce pas ? 😉 La pratique de la méditation ne fait pas de nous des robots-détachés mais des êtres vivant les choses en conscience, aussi dans la corps puisque c’est là que tout se joue. Corps-esprit, unités.
      Amicalement et bel été !

      répondre
    • Christelle  août 9, 2015

      Ton message est comme un cri du coeur où se mêle un mélange de sentiments, ceux-là même qui peuvent nous faire perdre pied et perdre la tête, aimer oui, mais à quel prix…se perdre pour l’autre?
      Je n’ai jamais autant appris sur moi-même qu’en m’asseyant devant un mur, immobile, à calmer le tumulte de pensées qui nous éloignent le plus souvent d’une chose essentielle, Soi-même. Je peux dire aujourd’hui que le zazen a changé ma vie, grâce à cette pratique je suis sortie du semblant de vie dans lequel je me suis enfermée. Il est bon de se prendre le temps de Se retrouver, il existe sûrement mille et une manières d’y arriver il n’y a pas que la méditation, à chacun de trouver son chemin.
      Une citation que j’aime bien mais je ne connais pas l’auteur « La satisfaction est le meilleur anesthésiant, la passion et l’évolution continue en sont l’antidote. »
      Amicalement
      Christelle

      répondre

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