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Bouddha, le confinement et les petits macaques – chronique de méditation en famille

Ces derniers jours ont vu fleurir sur la toile moult conseils avisés d’experts nous invitant à explorer le monde magique de la méditation. Magique certes, utile sans aucun doute, mais – concrètement – méditer dans 40 m2, avec deux enfants en pleine santé relève de l’exploit. Et pour preuve : Bouddha lui même, quand il s’est lancé dans sa quête spirituelle en se laissant pousser des dreadlocks, a soigneusement laissé à son épouse la garde de son fils unique Rahula. Ce dernier le rejoindra un peu plus tard, pour méditer ensemble, sans doute les premières traces humaines de ce qu’on appellera plus tard «  la garde alternée »… mais ceci est une autre histoire.

Bouddha – donc – semble avoir eu les conditions idéales pour s’élancer dans l’aventure de la méditation : des forêts profondes et calmes, le doux climat tropical offrant parfois des petites averses chaudes et bienfaisantes, des habitants prêts à lui faire l’aumône et du papier toilette à profusion, le bienheureux, grâce aux fameuses feuilles de palmier, disponibles en abondance ( nous parlons ici d’une époque où les petits humains ne recouvraient pas leurs tranches de pain de mie de pâte à tartiner à l‘huile de palme, d’où la présence de nombreux palmiers et donc de feuilles pour se nettoyer le séant ). Mais surtout, pour s’adonner à la méditation, Bouddha n’avait pas dans les pattes quelques minis hominidés survoltés, courant dans tous les sens et s’étripant pour l’usage de la PS4.

Et pourtant – déjà à l’époque – la situation n’était pas si simple…

Bouddha ( aussi ) médite avec des macaques

La jungle est en effet remplie de ces petits êtres, fort mignons et fort agités, qui peuvent faire de chaque méditation un enfer ! A peine assis, les jambes croisées, un sourire paisible sur le visage, que le vacarme commence. Voici l’équipe de singes qui s’élance de branche en branche en poussant des hurlements stridents. Les exhortations du Bouddha n’y feront rien «  Putain, vos gueules les singes, Papa essaye de trouver un moyen de sauver le monde ». Et la danse effrénée se poursuit, complètement indifférente à l’enjeu du moment. En Bouddha, la colère gronde. Va-t-il attraper une branche pour fouetter la tribu ? Leur envoyer des projectiles soigneusement choisis ( coques de fruits, excréments de serpents venimeux ou dents de tigres du Bengale réputés pour impressionner l’adversaire ) ?

Avouons-le, les spécialistes s’accordent sur ce point : il y a pensé. Il s’est même vu mentalement entrain de hurler sur les petits macaques «  Je vais en prendre un pour taper sur l’autre !!! ».

Et puis –  » ommmmm  » – une autre idée lui est venue. Il a commencé à écouter le chahut, sans lutter. Il a entendu tous les sons, sans analyser, râler, sans même chercher à savoir à quoi ils correspondaient. Bien sûr, une partie de lui restait en alerte, en cas de danger, le fameux cerveau reptilien ( bien utile au cas où les quadrumanes décident soudain de faire un feu de broussailles ou de transformer un bâton en arme létale ). Mais tout le reste de conscience disponible était en ouverture totale : une forme de perception très simple des choses apparaissant à la conscience, moment après moment. Et dans ce contexte, les macaques étaient devenus des éléments neutres, sans enjeu, des sons comme les autres, simplement perçus.

Bouddha ( aussi ) doit trouver à manger

Le problème du papier toilette étant réglé ( voir plus haut ), Bouddha n’a plus que quelques petits soucis logistiques pour perturber sa méditation : où dormir quand les lions sont à l’affut ? Mais surtout : que manger quand les macaques adultes ont pillé les allées de la forêt et qu’il ne reste que quelques grains de riz, même pas du basmati.

Là encore, les experts sont formels : il a mis du temps à trouver la parade. Au début, pendant la méditation, il prévoit les repas du midi et du soir, imagine des recettes à partager avec les autres ermites du voisinage, et se lamente en pensant à l’ingratitude des petits macaques – avec lesquels il partage généreusement ses repas – et qui trouvent toujours à critiquer le contenu de leur feuille de banane « Encore des patates douces ! J’aime pas ça. Je veux des papayes… ».

Et puis, avec l’habitude, il a commencé à se créer des zones de liberté. Assis solidement, les genoux dans le sol, déterminé, il s’est accordé des pauses de concentration : pendant 10 minutes, ramener toute son attention dans la respiration et ne penser à rien d’autre. Connaître chaque inspiration, et chaque expiration. Réussir à compter vingt respirations successives sans être distrait. Chaque fois que l’image d’un aliment à préparer apparaît, il a détourné son attention et l’a ramenée au souffle. Chaque fois que le visage des petits macaques énervés est apparu dans sa tête, il est revenu au souffle. Chaque fois qu’il a eu peur des lions, il a repris le comptage des ses respirations.

Et là, après quelques jours d’entrainement, une forme de calme intérieur est apparu. A travers les rideaux de lianes de sa jungle intérieure, il a distingué, au loin, des espaces vastes paisibles et surtout accessibles. Et il paraitrait même que les petits macaques l’ont accompagné, beaucoup plus silencieux…

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