« Et avec la colère, je fais quoi ? »

… Chronique spirituelle du quotidien.

Il y a quelques semaines, lors d’une soirée d’initiation à la méditation zen, un participant me demandait « Mais, à quoi voyez-vous que votre pratique de la méditation progresse ? ». Vaste question. Les adeptes du bouddhisme zen rétorqueraient illico en bougonnant «  Mais on ne médite pas pour progresser, on médite pour méditer, point barre. »

www.davidgabrielfischer.com

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Ici le lecteur s’interroge sûrement sur le sens d’une telle tautologie : on « médite pour méditer » s’apparente fort à une sorte de Lapalissade spirituelle. Cette sentence a pourtant traversé les siècles et fait chauffer les durites de régiments de moinillons en robe orange. Il parait même — et oui ! ­— que certains philosophes s’interrogent ­— encore aujourd’hui — sur un thème proche du précédent : « Suis-je autre chose que le fait même d’être ? »… Mais bon, laissons les philosophes philosopher en paix et les mouches… hum…

Alors, comment savoir que l’on progresse dans la pratique de la méditation ? La réponse la plus simple est la suivante : quand, grâce à la régularité et la fréquence de nos méditations, nos relations aux autres s’apaisent… on touche au but !

Résidant dans un monastère bouddhiste depuis près de 14 années, je suis heureuse de pouvoir vous proposer quelques exemples ­— tirés de faits réels — pour illustrer mon propos. Et tenter de prouver ainsi, par l’expérimentation in vivo, les bienfaits d’icelle (la méditation). 

Le jour où je me suis mise en colère

C’était il y a quelques années. Le soleil dardait joyeusement ses rayons sur les autels bouddhistes du monastère faisant briller les statues de Kannon (déesse de la compassion). Impatiente d’aller pratiquer dans le dojo je décidais d’allumer un bâton d’encens — en passant — sur l’un des autels. Horreur ! Le briquet avait disparu ! Ni une ni deux, je m’élançais à la rencontre de la seule fumeuse invétérée du monastère (une bouddhiste d’avant la Loi Evin) pour l’invectiver sur le thème « Tu peux pas respecter un peu les gens, non ? Il est pas à toi ce briquet ! C’est une communauté ici ! On pratique la CONCENTRATION ! etc.. » Une grande démonstration de n’importe quoi, alimentée par toutes les émotions négatives du moment.

Bien sûr ce n’était pas elle qui avait emprunté le briquet mais le cuisinier. J »en rougis encore. 

Le jour où j’ai compris que les émotions passent plus vite si on les laisse tranquille

( Ou en termes bouddhistes : « Ne pas alimenter les émotions perturbatrices »).

Une petite histoire…

Maître Yoda, chat zen

Maître Yoda, chat zen

Quelques temps plus tard, j’eus l’occasion de vérifier la chose suivante : les émotions qui apparaissent, peuvent traverser simplement le corps et disparaître aussi sec. J’étais ce jour-là, avec mes chats, en partance pour une promenade champêtre ; une de ces balades au cours desquelles on ne sait plus très bien qui promène qui. Une pratiquante de la communauté me lança au passage : « Dis donc, c’est bien, tu as encore le temps de te balader ». Sous-entendu « Pendant que certains travaillent, d’autres vont danser dans les herbages ». Elle avait touché la corde sensible de la culpabilité. Instantanément, je ressenti dans le corps comme un coup de poignard ( en plastique, n’exagérons rien). Mais les réflexes de ma pratique de méditation avaient commencé à s’intégrer : je choisi donc consciemment d’observer cette sensation. De ressentir cette émotion forte dans l’endroit précis du corps où elle était apparue spontanément. De l’observer, simplement, sans rien faire d’autre. Au bout de quelques secondes, le temps pour la queue de la comète de disparaître à l’horizon, le ciel était dégagé et toute émotion envolée. Et j’ai repris ma route tranquillement, en suivant les chatons bondissants.

Note : ma balade avait lieu le jour de repos officiel du monastère… Sachant ceci, la petite remarque désobligeante me fait penser à ces cadres supérieurs auxquels on adresse un « Tu prends ton après-midi ? » lorsqu’ils quittent les bureaux avant 20h…

Arrêter le combat

Lala, autre chat, zen aussi...

Lala, autre chat, zen aussi…

Dans cette histoire toute simple, les choses auraient pu se passer différemment. J’aurai pu souffrir en silence en ressassant toutes les piques de la personne susmentionnée ( par ailleurs charmante la plupart du temps). J’aurai pu faire la liste de tous les travaux que j’accomplis à longueur de temps dans le monastère (et tenter d’échapper ainsi à la sensation de culpabilité). J’aurai pu faire volte-face et lui lancer à la figure tout ce que je pensais d’elle. J’aurai pu aller me plaindre auprès du responsable du monastère. J’aurai pu la dénigrer auprès des autres pratiquants et soulager ma colère.

En choisissant de prendre conscience de « l’émotion elle-même », le chemin fut à la fois beaucoup plus simple et plus profond : tout s’est libéré sans laisser de trace. En un instant. Et dans la promenade qui suivait, les ruminations ont été remplacées par le chant des oiseaux.

Le jour où la colère a complètement disparu

Ami lecteur qui a poursuivi jusqu’ici : ne rêvons pas ! Quoique nous fassions, les émotions seront là, et c’est une bonne nouvelle. Alors autant apprendre à les connaître et les apprivoiser non ?

To be continued…

 

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Commentaires

  1. Harvey  juillet 14, 2014

    Personnellement, je ne pense pas qu’on médite pour simplement méditer, mais parce qu’on a un but : soit pour mieux se connaître, soit pour mieux gérer ses émotions, ou pour calmer son stress et ses angoisses. Dans la société actuelle, on est conditionné pour pratiquer une activité dans un but précis, pour obtenir tel résultat. Mais avec la méditation, il faut remettre en question ce principe qu’il faut absolument attendre un retour précis de tout effort, et simplement laisser les choses évoluer d’elles-mêmes. Avec une pratique régulière et une réelle implication, chaque méditant constatera au fur et à mesure les impacts quotidiens de cette pratique, comme vous le montrez avec ces très beaux exemples.

    répondre
  2. fugier  février 16, 2017

    je viens de me lancer dans le zen et j’ai du mal à maîtriser l’émotion colère. Je pense que je vais faire pareil, la regarder passer, de loin, la garce, et regarder les moineaux dehors, que je protège d’ailleurs dans mon association de protection de la nature. L’acceuillir, la comprendre pour ne pas trop souffrir de cet accueil, et attendre sans rien
    faire, pas facile, du tout du tout, moi qui suis une grande émotive;
    Merci du témoignage en tout cas, au boulot !

    répondre
    • Kankyo  février 17, 2017

      Bonjour Annie, Oui une émotion familière à beaucoup de personnes 🙂 Bonne pratique alors et à bientôt pour d’autres articles ! Amitiés

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  3. Ayurveda  avril 10, 2017

    Parfois, contrôler ses émotions relève du parcours du combattant. Face aux stress du quotidien et les difficultés de la vie la méditation est parfois l’unique solution pour vivre zen. Quelque fois le simple fait d’apprendre a respirer correctement peut changer bien des choses. La méditation apporte réellement la sérénité.

    répondre
  4. Daniel  avril 16, 2017

    Salut

    Comment faites-vous pour laisser passer la colère ? Quand je suis en colère et qu’elle est bien présente, elle peut rester plusieurs jours, je peux entretenir cette colère pendant plusieurs jours.
    Et souvent pour des conneries, une réflexion banale qui prend des proportions, comme quoi, je ne maitrise pas grand chose.

    répondre
    • Kankyo  avril 16, 2017

      Bonjour, Si vous voulez un petit exercice pratique sur le thème des pensées et des émotions, regardez ma conférence TED sur le page d’accueil du blog. J’y donne quelques clés tout à fait concrètes pour gérer les émotions, comme la colère par exemple. j’espère que cela aidera.

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  5. Daniel  avril 16, 2017

    Salut

    Je viens de visionner la vidéo.

    Cela me rassure quand vous dites que ruminer ses émotions est naturel.
    Ce que vous dites est intéressant, je serais plutôt en guerre avec mon dialogue intérieur, chez moi, c’est une deuxième personne, c’est question-réponse.
    Heureusement que les jours ne se ressemblent pas.
    Avez-vous un agenda pour suivre vos conférences, tout doit être indiqué sur votre blog ? Je ne suis pas loin de Strasbourg, je viendrais pour la séance de dédicace (si tout ce passe comme prévu ) le 24 Mai.

    Passez de bon moment Kankyo.

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  6. Kankyo  avril 18, 2017

    Bonjour Daniel
    Oui je vais créer prochainement un agenda avec toutes les dates prévues. Il y aura des journées de stage en juin et juillet.
    Au plaisir de vous rencontrer prochainement. Belle journée.

    répondre
  7. Daniel  avril 18, 2017

    Salut

    Super tout ça Kankyo

    Mettez un agenda en place et je ferai au mieux…au plaisir

    répondre

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