Retour sur les 15 dernières années…

Un texte écrit en 2015… comme un bilan… avant de passer à la suite !

En 2001, j’ai fait le choix d’une vie dans un monastère bouddhiste de la tradition zen. J’avais 26 ans. J’ai quitté mon appartement, ma famille, mes amis pour m’élancer dans la grande aventure de la vie spirituelle.
En 2014… j’y suis toujours ! Dans ce petit monastère d’Alsace, à l’orée d’une forêt immense. J’ai de nouveaux amis, des contacts fréquents et apaisés avec ma famille, et – pour faire simple – une vie plutôt merveilleuse.
Mais entre ces deux dates, beaucoup de choses se sont passées. Voici donc une petite rétrospective en forme de bilan d’une vie bouddhiste au XXIème siècle.

Juin 2001 : le grand départ

La Gendronniere, temple zen où j'ai découvert le bouddhisme

La Gendronniere, temple zen où j’ai découvert le bouddhisme

A l’été 2000, après de nombreuses lectures spirituelles, j’ai effectué une première retraite dans un monastère zen ( La Gendronnière, près de Blois). Beaucoup de rigueur, de rituels, de méditations mais l’intensité du lieu me plaît, énormément, tout comme la gentillesse des pratiquants. La rencontre avec zazen ( la méditation assise) est un choc essentiel : une sorte de « retour à la maison », de soulagement, avec en prime cette idée qui ne me quittera plus « J’ai trouvé un sens à ma vie ».
Dix mois plus tard, le temps d’arranger mes petites affaires séculières, je m’installe dans ce monastère… sans savoir encore qui j’y resterai treize ans.

2001-2008 : la traversée des ombres

En 2005

En 2005

La vie monastique fait rêver. Elle est pourtant extrêmement difficile par les renoncements qu’elle implique. L’expérience de la communauté, jour après jour, mets sous les projecteurs toutes nos zones d’ombre  : peurs, fragilités enfouies, scénarios émotionnels ou parfois manques telluriques se révèlent au grand jour. J’ai 26 ans, et le quotidien monastique m’offrira la chance unique d’une traversée des ombres.
Et il y aura un avant et un après.
Grâce à mes co-disciples, grâce à l’enseignement de Maître Wang-Genh, l’Abbé du lieu, j’apprend à devenir un être humain accompli : faire attention aux autres, s’aimer soi-même, pardonner, et évoluer, toujours et encore.
J’occupe différentes fonctions au monastère : nettoyage, secrétariat, boutique et enfin – modernité oblige – communication/médias/site Internet. A chaque poste ses contraintes et ses satisfactions. J’ai beaucoup d’idées novatrices qui se heurtent parfois avec les habitudes en place : alors j’apprend – encore – la patience et la légèreté, tout en conservant ma créativité !

2008 : Au cœur du Japon

Aoyama Roshi, abbesse du monastère de nonnes au Japon

Aoyama Roshi, abbesse du monastère de nonnes au Japon

L’opportunité m’est donnée d’aller passer trois mois au Japon, dans un monastère des plus traditionnels, réservé aux nonnes. L’abbesse y maintient la pratique ancienne des origines du zen et les conditions de vie sont très très rudes. Lever en pleine nuit, eau froide, chauffage inexistant, et discipline extrême sont nos compagnons de route. Je ne parle pas la langue et fait ainsi l’expérience d’une solitude lumineuse et bienfaisante.
Dans ce monastère, les nonnes s’affairent jour après jour à préparer des offrandes pour la vingtaine d’autels installés dans toutes les pièces : une vie dévouée à offrir, remercier, rendre hommage. Je les regarde faire et participe avec ferveur, impressionnée par tant d’abnégation.

2009-2013 : approfondir la pratique

Maître Wang-Genh

Maître Wang-Genh

A mon retour en France, après cette formation intensive du zen sôtô, je suis nommée par Maître Wang-genh à la charge de responsable des rituels du monastère, INO. Apprendre aux autres moines et nonnes les cérémonies étudiées au Japon, adapter les formes sans en perdre l’essence, transmettre les informations avec douceur et fermeté… telles sont certaines des gageures de cette nouvelle fonction.
Parallèlement j’ai été élue administratrice de l’Union Bouddhiste de France, ce qui me permet de voyager et de rencontrer de nombreux maîtres et pratiquants de toutes les traditions et découvrir peu à peu les différentes écoles du bouddhisme.
J’effectue chaque mois des retraites intensives de méditation ( sesshin) et continue d’étudier : bouddhisme, neurosciences, hypnose et communication intuitive sont mes thèmes de prédilection.

2014 : cours de voix et ateliers de méditation zen

Depuis mon arrivée au monastère en 2001, je prend deux jours par semaine ma petite auto rouge pour me rendre à Strasbourg. J’y donne des cours de voix et y enseigne la méditation aux débutants. Dans ma tradition du zen, les religieux ne sont pas pris en charge par la communauté et doivent gagner leur vie, même chichement. La plupart travaillent ainsi à mi-temps à l’extérieur. D’autres sont aidés par leur famille ou à la retraite. Cette situation nous confère une certaine liberté et nous permet de rester en prise avec les évolutions monde social.

Et la suite ?

J’ai quelques projets en tête, notamment la création d’un lieu de pratique résidentiel et l’écriture d’un livre.

Mais, bien que le futur s’écrive au présent, je passe pour l’instant de longues heures dans la forêt et les prairies qui entourent le monastère. Mes pas sont irrésistiblement attirés vers les arbres et la nature, comme si l’essentiel, pour le moment, se trouvait là. Dans un souffle d’air, le pépiement d’un oiseau, la traversée d’un nuage qui s’effiloche dans le ciel bleu…
Un univers de contemplation s’est ouvert, à mesure que mes préoccupations s’apaisaient : une tranquillité intérieure fait désormais écho au lent passage des saisons. Et c’est – aujourd’hui – le plus important.

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